C’est au Locle, durant l’un de ces interminables hivers qui engourdissent les montagnes neuchâteloises, qu’Abraham-Louis Perrelet vient au monde le 9 janvier 1729. Il est issu d’une famille établie là depuis le XIVe siècle. Son père, Daniel Perrelet, est agriculteur et charpentier; habile de ses mains, il lui arrive de fabriquer quelques outils d’une extrême finesse pour les horlogers du pays. À l’imitation de ce père entreprenant, Abraham-Louis s’active aux travaux des champs et s’occupe de menuiserie à la saison froide: il lime les scies, il fabrique des petits soufflets. Il se passionne bientôt pour ces métiers de l’horlogerie qui se sont développés depuis le début du siècle; à 20 ans, il choisit de s’y consacrer tout entier.
Son ingéniosité se joue vite de tous les obstacles. Face au manque d’outils adéquats, il procède avec méthode. Il s’attache d’abord à façonner un certain nombre d’instruments de précision, pour pouvoir s’attaquer au coeur même de son objet — ou plutôt à son âme: le mécanisme de la montre.
Dès lors, Abraham-Louis Perrelet innove. Mobilisant son intelligence, son imagination et sa clairvoyance, il met au point une série de nouvelles techniques destinées à améliorer la marche des gardetemps; ainsi devient-il le premier à confectionner des montres avec échappement, à cylindre, à duplex, à quantième et à équation. Il peaufine le finissage, améliore les pignons, les roues, l’échappement et le mécanisme à remontoir.
Sa réputation prend de l’ampleur; son avis d’expert est bientôt sollicité de toutes parts. Abraham-Louis Perrelet ne cesse jamais d’étonner. Et son adresse, sa sûreté de main peu ordinaire ne diminuent pas avec l’âge: le Musée International de l’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds possède ce qui est sans doute l’une des toutes dernières pièces de ce génial artisan, réalisée lorsqu’il avait... 96 ans. Défricheur infatigable, Abraham-Louis Perrelet n’en resta pas moins attaché à ses origines. Toute son existence, il l’a passée dans la demeure familiale du Locle. Il s’y éteint en 1826, après avoir travaillé pendant près de 80 années à développer la technique horlogère. Ce précurseur est de ceux dont l’héritage ne saurait disparaître.
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